Parce que faire de l’histoire en classe n’est pas accomplir un devoir de mémoire, c’est construire une réflexion rationnelle sur le passé. Notre travail d’enseignant n’a rien à voir avec une démarche qui vise à susciter l’émotion sans distance critique, sans replacer un témoignage, aussi poignant soit-il, dans son contexte historique.

 

Parce que la décision d'autorité du Président de la République d'imposer cette commémoration est contestable : elle vise à organiser une sorte de « communion » nationale entre le chef de l’État et les lycéens, qui devront s’y soumettre ; elle apparaît avant tout comme un outil de moralisation des jeunes qui serait suscitée par ce moment d’émotion collective.

Évidemment, nous ne « boycottons » ni la mémoire de Guy Môquet ni celle de la Résistance.

C’est justement parce que nous distinguons l’histoire et la mémoire, l’enseignement et la morale, la raison et l’émotion, que nous refusons de participer à cette commémoration.

 

C’est aussi parce que nous avons le souci, en tant que citoyens, en tant qu'enseignants, de préserver l’école de toute tentative d’instrumentalisation dont elle pourrait faire l’objet à des fins partisanes. C’est là le sens de notre conception de l’école républicaine et laïque.