Lettre de Guy Môquet : pourquoi je ne l'aurais pas lu si j'avais été enseignant
Par Philippe Bies,
samedi 20 octobre 2007 :: Archives
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Des enseignants strasbourgeois m'ont transmis un texte explicitant leur position par rapport à la lecture de la lettre de Guy Môquet. Comme je partage leur point de vue, je me permets de le reproduire intégralement ci dessous :
Guy Môquet fait partie des figures historiques marquantes de la Résistance par son engagement, par l’histoire de son arrestation et par la fin tragique qu’il a connue, ainsi que ses 26 camarades livrés en tant qu’otages aux nazis, car membres du parti communiste pour la plupart d’entre eux, tous fusillés le 22 octobre à Châteaubriant. La lettre émouvante qu’il laisse à sa famille, juste avant de mourir, alors qu’il a dix-sept ans, témoigne de ce drame.
Que notre pays fasse œuvre de mémoire, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sur les hommes et les femmes qui se sont engagés pour la liberté contre la barbarie nazie est légitime.
De même, il est important que les programmes d’histoire nous permettent d’étudier cette période, de comprendre le sens de l’engagement de ceux et celles qui ont choisi la Résistance, comme de comprendre aussi pourquoi la France fut dramatiquement divisée pendant ces années d’occupation. À ce titre, nombre de lettres de fusillés sont présentes dans les manuels d’histoire des élèves et étudiées depuis des années.
Alors pourquoi refusons-nous de lire la lettre de Guy Môquet le 22 octobre aux lycéens ? Parce que faire de l’histoire en classe n’est pas accomplir un devoir de mémoire, c’est construire une réflexion rationnelle sur le passé. Notre travail d’enseignant n’a rien à voir avec une démarche qui vise à susciter l’émotion sans distance critique, sans replacer un témoignage, aussi poignant soit-il, dans son contexte historique.
Parce que la décision d'autorité du Président de la République d'imposer cette commémoration est contestable : elle vise à organiser une sorte de « communion » nationale entre le chef de l’État et les lycéens, qui devront s’y soumettre ; elle apparaît avant tout comme un outil de moralisation des jeunes qui serait suscitée par ce moment d’émotion collective.
Évidemment, nous ne « boycottons » ni la mémoire de Guy Môquet ni celle de la Résistance.
C’est justement parce que nous distinguons l’histoire et la mémoire, l’enseignement et la morale, la raison et l’émotion, que nous refusons de participer à cette commémoration.
C’est aussi parce que nous avons le souci, en tant que citoyens, en tant qu'enseignants, de préserver l’école de toute tentative d’instrumentalisation dont elle pourrait faire l’objet à des fins partisanes. C’est là le sens de notre conception de l’école républicaine et laïque.
Commentaires
1. Le dimanche 21 octobre 2007 à 16:58, par halte a la recup nico
2. Le dimanche 21 octobre 2007 à 20:31, par Philippe Bies
3. Le lundi 22 octobre 2007 à 10:32, par tiramisu
4. Le lundi 22 octobre 2007 à 11:44, par carl
5. Le lundi 22 octobre 2007 à 16:17, par tiramisu
6. Le lundi 22 octobre 2007 à 17:44, par Joseph
7. Le lundi 22 octobre 2007 à 17:48, par Cagliostro
8. Le lundi 22 octobre 2007 à 21:13, par Philippe Bies
9. Le mercredi 24 octobre 2007 à 08:57, par Fruits de la passion
10. Le mercredi 24 octobre 2007 à 12:16, par Flo
11. Le jeudi 25 octobre 2007 à 22:53, par ciceron
12. Le jeudi 25 octobre 2007 à 23:34, par Philippe Bies
13. Le vendredi 26 octobre 2007 à 13:58, par Fruits de la passion
14. Le vendredi 26 octobre 2007 à 15:49, par VU SUR CANAL+
15. Le vendredi 1 février 2008 à 20:01, par sarko
16. Le samedi 2 février 2008 à 15:56, par ilsego
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