Intervention de Robert HERRMANN au nom du groupe socialiste au Conseil Général le 10 décembre
Par Philippe Bies, mercredi 12 décembre 2007 :: Archives :: #85 :: rss
C'est Robert HERRMANN qui s'est exprimé au nom du groupe socialiste lors de l'ouverture de la séance budgtéaire. Voici le texte de son intervention.
Monsieur le Président,
Le budget 2008 est le dernier qui nous est soumis sous votre présidence et vous comprendrez que j’évoque au préalable ce point particulier.
Mes premiers mots vous seront donc adressés à vous personnellement pour vous remercier du respect que vous portez à l’opposition. Nous avons certes des divergences et j’en exprimerai quelques unes ultérieurement, mais il y dans votre action la reconnaissance du fait que dans cette assemblée chaque élu a gagné dans son territoire. J’insiste sur ce point car nous connaissons d’autres collectivités où le mépris suppléé à la recherche de synergies et de travail en commun pour la conduite des affaires publiques.
De toute évidence vous ne goûtez pas à la politique d’ouverture prônée par N.SARKOZY et nous pensons que vous avez raison. Les divergences sont une richesse, elles obligent majorité et opposition à exprimer leur point de vue. Convenons ensemble que la démocratie a besoin de cette confrontation et que celle-ci peut se faire avec une grande honnêteté intellectuelle et l’esprit d’ouverture permettant d’entendre la parole de l’autre.
Vous en avez d’ailleurs fait une démonstration dans le cadre de la modernisation des politiques publiques mises en œuvre à travers « Hommes et Territoires », en nous proposant de nous associer à la démarche, en favorisant les rencontres et la transparence et chacun a pu et su prendre toute sa place dans ce processus.
Nous savons dans le groupe socialiste votre humanisme et là encore, il faut bien remarquer que c’est un mot que vous n’utilisez jamais pour vous positionner vous-même. Je remarque qu’il y a là une grande divergence avec vos camarades de Parti de la place de l’Etoile qui ne cessent eux de se draper de ces termes. Mais il est vrai que là encore personne ne penserait à leur attribuer ces qualificatifs s’ils ne l’exprimaient pas eux-mêmes.
Enfin et j’en terminerai pour les compliments avant tout de même de vous adresser un critique, pour saluer votre attachement au service public, votre intérêt pour l’évolution et l’adaptation des institutions et il faut bien dire qu’au-delà de certaines joutes politiques, il est des points sur lesquels nous nous retrouvons.
J’en viens à la critique. Je me suis demandé ce qui aurait fait de vous une personnalité politique exceptionnelle ! En fait il aurait fallut que vous décidiez d’affronter le tandem et le gouvernement.
Le tandem parce que celui-ci n’a jamais montré de réelles solidarité avec le département, paralysant votre action au point que vous soyez obligé d’expliquer que le contrat de territoire avec la CUS sera le dernier parce qu’il est compliqué, alors qu’en fait c’est parce que vous ne pouvez pas attendre leur bon vouloir pour faire évoluer le département, même si ce territoire représente la moitié de la population du département. Au point aussi que vous soyez obligé d’être discret sur les manques de solidarité de la CUS avec l’ADIRA et de taire le déficit d’engagement de cette collectivité en faveur de l’emploi et du développement économique. Je pourrais ainsi émettre une liste sans fin des difficultés que vous ont posées vos amis de Strasbourg. Mais votre solidarité politique, votre envie de consensus a pris le dessus sur l’intérêt général. Il en est de même en direction de vos amis du gouvernement. En fait si vous aviez été SARKOZISTE, vous auriez cherché les lignes de rupture pour devenir alors celui par qui un réel changement pouvait intervenir dans cette région bien trop monocolore. Cela n’a pas été le cas, cela est dommage sinon dommageable pour le Bas-Rhin et pour l’Alsace toute entière.
J’en viens à la position du groupe socialiste concernant le budget et pour marquer votre départ, j’ai tenté de vous mettre dans la position d’un président de conseil général de gauche et comme cela n’était pas envisageable j’ai tourné mon propos en imaginant que le gouvernement actuel soit lui de gauche.
Nous aurions entendu alors, Monsieur le Président, des propos plus marqués sur les critiques portées contre ce gouvernement qui menace l’autonomie des départements, qui ne cesse de transférer des charges sans les accompagner de moyens. Il suffit pour s’en convaincre de lire le site de l’UMP qui évoque généreusement les solidarités en 15ème et avant dernière position des priorités de votre parti et de constater que l’UMP s’engage – est-ce au nom des départements alors que chacun sait de l’aveux même du Président de la République que les caisses de l’Etat sont vides. Mais certain sont passés experts dans les promesses que d’autres doivent payer.
Certainement que vous auriez été jusqu’à parler d’abandon des territoires, de l’insolence d’un gouvernement qui décide par exemple de mettre en place le cartable électronique dans les collèges d’Alsace sans indiquer là encore quels moyens y seront affectés. Certes il s’agira d’une expérimentation, faut-il utiliser à ce propos utiliser l’expérimentation comme un outil de propagande politique ? Parce qu’en définitive, celle-ci a déjà eu lieu dans d’autres collectivités
Certainement que sur le plan de la fiscalité vous vous seriez saisi du rapport sur les finances locales. Celui-ci donne des éclairages intéressants sur la fiscalité en région Alsace et vous nous auriez expliqué que certes vous reconnaissez que l’Alsace augmente sa fiscalité plus que d’autres, mais que c’est la faute de Paris.
Il est vrai qu’il est difficile de voter les budgets proposés par le Parlement et le gouvernement et dire ici qu’il y a un désaccord. Là encore d’autres, en fait toujours les mêmes, ceux de la place de l’étoile, eux assument aisément cette contradiction. Etonnez vous après que des membres de leur exécutif souhaitent favoriser l’unité entre des personnalités du front national et l’UMP. Quand on fait feu de tout bois et que les mots n’ont plus de sens, tout peut arriver.
Je veux revenir sur la fiscalité, et dire ce qui n’est pas suffisamment su. L’évolution des taux d’imposition en 2007 a été de 1,6 % toutes collectivités confondues en Alsace contre 0,8 % pour la moyenne nationale mais pour le département du Bas-Rhin cette évolution a été de 3,5 % contre 1,4 pour la moyenne nationale.
Pour la période 2001-2006 l’évolution annuelle moyenne aura été de 5,6 % pour le Bas-Rhin contre 3,6 % au plan national.
Si l’on prend un autre chiffre qui est celui de l’évolution des 4 taxes locales avant participation au financement de la réforme de la taxe professionnelle, le chiffre est de 6,4 % pour notre département contre 4,9 % pour l’ensemble des départements ; après participation de 4,2 % contre 3,4 % pour tous les départements.
Il faut donc reconnaître que l’outil de la fiscalité a été plus fortement utilisé, même si les bases TH, TFB, TP sont très légèrement inférieures dans notre département par rapport à la moyenne nationale.
Pour l’emploi, là encore, le discours est récurrent. On se félicite de l’évolution baissière du chômage et dans un mouvement spontané nous pourrions faire chœur, mais à y regarder de plus près entre le nettoyage des fichiers ANPE, le prolongement des stages aidés, la précarisation des emplois, le départ de centres de décision de l’Alsace, les courbes démographiques, il nous faut bien considérer que nous ne faisons pas assez en la matière et la réforme tardive de l’ADIRA ne suffira pas à inverser la tendance, faute de consensus entre les grandes collectivités, de volonté partagée, d’objectifs clairement identifiés et surtout communs.
Le logement connaît une crise sans précédent. Vos outils, je parle de l’ADEUS en particulier, viennent dans leur livraison du mois dernier apporter un éclairage inquiétant sur la demande de logements sociaux en particulier alors même que les bilans sociaux des collectivités marquent tous l’appauvrissement du plus grand nombre de nos concitoyens.
La pauvreté a donc largement progressé en Alsace comme en France, cela aura deux conséquences pour notre collectivité dont la mission première est caractérisée par les solidarités.
Un nombre croissant d’intervention en faveur des populations en voie de paupérisation dont font partie de trop nombreux jeunes diplômés et qui trouvera sa ressource soit dans la remise en cause des équilibres budgétaires de la collectivité soit dans la croissance de l’impôt qui touchera une fois de plus les revenus moyens.
Cette situation est vécue par nos concitoyens qui, s’ils ne sont pas tous experts en affaires sociales mesurent bien qu’il est difficile de finir les fins de mois, et il apparaît d’autant plus troublant que c’est le moment choisi par le gouvernement et la majorité pour taxer les personnes âgées par exemple à travers la redevance télé. Celle-ci viendra se rajouter à la hausse des tarifs des maisons de retraite pour celles et ceux qui peuvent y accéder l’énergie, D’un côté les cadeaux à travers le paquet fiscal, de l’autre une population qui va devoir assumer la hausse des prix à la consommation en particulier des produits alimentaires de première nécessité – qui est bien plus importante que ce qu’en dit l’INSEE – la hausse de l’essence, du fuel domestique, du gaz, mais aussi les nouvelles franchises médicales, et demain la TVA sociale, demain c'est-à-dire après les prochaines échéances.
Je pourrais ainsi continuer mais nos deux jours de travaux nous permettrons de préciser tel ou tel point.
En fait Monsieur le Président, la politique du Conseil Général ne pêche pas parce qu’elle ne serait pas bonne, elle pêche parce qu’elle n’est pas suffisamment affirmée, parce que les choix ne sont pas joués à fond, parce qu’il y a toujours trop de soupoudrage et parce qu’il y a trop de priorités et donc aucune vraiment.
La politique que vous nous proposez est trop axée sur le patrimoine et la pierre et pas suffisamment sur le soutien aux habitants, aux acteurs et de ce point de vue il ne faudrait pas que lors des premières évaluations « d’Hommes et Territoires » ils se disent que ce qui a changé fondamentalement c’est l’emballage et pas suffisamment le contenu.
S’il s’agit de répondre aux préoccupations de nos concitoyens, pouvoir d’achat, logement, emploi et d’environnement, nous disons que nous ne marquons pas assez d’ambition pour répondre fortement à ces enjeux essentiels et que je le redis dans la compétition des territoires nous perdons régulièrement du terrain, cela est vrai au plan national comme au plan international.
En conclusion, nous voterons pas ce budget pour les raisons exprimées à travers mon propos, même si ce vote ne signifie pas le rejet complet de l’ensemble des chapitres budgétaires.







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